Aujourd’hui je te rencontre hier’ - 12 novembre 2009 au 19 décembre 2009

"Aujourd’hui je te rencontre hier"

Exposition photographie pour ce tout jeune artiste taiwainais, étudiant à l’école des Beaux Arts de Rouen.

Cette série d’observations et de tâtonnements amène Chùng Liàng vers le photomontage avec pour objectif de faire un tableau photographique. « Je prends une photo, je commence à imaginer comment je peux créer une nouvelle construction de l’émotion, et peut-être créer une autre émotion. Je construis une nouvelle séquence, je m’intéresse à la relation entre les objets et les personnages ‘en posture pris ensemble sur le plan’, comme sur un décor de théâtre, partageant apparemment un même espace-temps. »
   

Il remarque que notre regard porté sur l’extérieur est empreint de notre intériorité. Avec le photomontage il fait faire une petite gymnastique au regard qui se trouve dans le mouvement inverse : ‘je ramène l’extérieur vers l’ntérieur’Ce mouvement d’un espace à l’autre est aussi un mouvement d’un temps à un autre, et ce qui émerge alors, ce sont des temporalités différentes qui se retrouvent liées ensemble, qui se juxtaposant apparaissent.
   

Il s’en dégage une impression de similaire qui suggère un continuum, mais dont les décalages restent perceptibles a minima.

On retrouve ici l’essence de la technique cinématographique qui lie des séquences de temporalités diverses ; mais avec la vidéo ou le cinéma, précise Chùng Liàng, l’image disparaît devant les yeux, et l’image disparue meurt. Tandis que la photo de Chùng Liàng existe comme un tableau. Une construction ‘escalière’( je garde  le néologisme pour la note d’espièglerie que j’y trouve), permet de visualiser toutes les temporalités, la reprise des séquences qui tiennent ensemble, mais pas de duperie : elles semblent être ensemble, mais elle ne le sont pas, ni les temporalités ni les personnages ne sont ensemble, excepté dans la reconstruction subjective…

De nouveau apparaît le paradoxe de la fiction : elle peut être très belle, mais elle n’existe pas. Fiction, reconstruction : ‘on est toujours séparé avec l’autre’, remarque le jeune homme. Et en même temps cet intervalle, ce décalage, n’est-il pas l’espace même qui fait exister la relation, qui nous tient relié à l’autre et au monde ?

Le réel est constamment mis en abyme, on le dirait insaisissable, il surgit là où l’on ne l’attend pas et quand on croit le tenir on tient une illusion….
Chùng Liàng Chang fait dialoguer ces espaces intérieurs et extérieurs. Des fenêtres et des transparences  figurent ces passages subjectifs qui traduisent notre humanité, notre histoire, notre subjectivité vivante, et qui forment le lieu du contact, de la sensation éprouvée, de l’émotion qui se partage

Chùng Liàng Chang  nous portons des influences qui traversent l’espace et le temps, et orientent notre regard. Ce regard que nous portons peut nous enseigner beaucoup sur notre relation à nous même et au monde.

Merci à Chùng Liàng Chang pour son regard à la fois aiguisé et tout en nuances, et pour  l’accueil chaleureux offert à l’orée de son univers, dans lequel tiennent ensemble les trésors d’émotion de tous les temps. 

Fabienne de Silès
Journal Entrevivre, Rouen