SZCZESNY'S WORLD - 18 au 24 octobre 2010

SZCZESNY au Palais Royal

L'art du dessin et de la couleur, chez Stefan Szczesny, sont liés par un concept qui se révèle à la confluence des voies qui portent son idéal pictural vers une nouvelle approche expressive. Résultant d'une réinvention du langage figuratif, cette matière innovée s'affranchit de l'histoire de la peinture tout en sauvegardant l'essence et son affiliation avec les grands courants du vingtième siècle.

Le savoir "dessiner" du peintre est soumis instinctivement à son désir d'approfondir sa recherche sur le plaisir. En regard des séries inaugurées, au fil de ses pratiques, sa vision créatrice anticipe sur sa conception hédonistique de la vie. En revanche, c'est par la couleur exploitée et largement diffusée aux limites du support, par une audacieuse dilution matiériste, qu'un dessin au trait automatique s'affiche pour s'émanciper dans une diversité de formes superposées et offertes en transparence d'un espace radiant. Un appel à la tentation, conforté pour une invitation à un voyage exotique, vers des lieux inspirés où les ciels respirent la lumière cobalt de l'azur, la couleur du citron vert et l'impalpable primitivité d'un jaune initiant le rouge à des contrastes diaboliques. Des nuances qui s'impriment dans la fluorescence de la braise, imaginons là dans sa couleur de feu en singulière gardienne des mythes de la Méditerranée et que ses peuples au plus profond de leurs racines exsudent en secret, depuis les temps anciens. L'esprit qui se révèle de cette exploration, dans son langage, est dominant et se libère d'une introspection. Dans la frontalité du tableau, l'émotion éprouvée à l'égard de la beauté féminine est de l'ordre de l'idolâtrie. Cette richesse émotionnelle s'exalte aussi dans son œuvre, par des variantes autour de diverses attitudes corporelles et inspirées du regard complice qu'il porte sur sa muse, qui est aussi son modèle et qu'il accompagne jusqu'aux bordures inconnues de la toile vierge. Néanmoins, l'auteur de cette bacchanale sait aussi bien s'assouvir que s'extirper du champ érotisant qui hante son imaginaire. Par son implication dans l'étude de la lumière qu'il prospecte, avec sagesse, au gré des ombres signalées des crêtes et aux frontières du vide, nos paysages provençaux s'inclinent sous le charme d'une mutation colorée. C'est par une représentation simplifiée, mais néanmoins clarifiée par une démarche illusionniste, qu'ils respirent de ces thématiques des baies silencieuses et des golfes saturés de clarté. Comme un parfum éthéré, il semble que dans l'instant fixé, la joie de vivre n'est plus qu'une règle pour survivre.

Sur les paysages imaginés, qui semblent nier la profondeur et les volumes, l'empreinte silhouette d'un ou plusieurs corps s'impose comme la référence emblématique d'un monde oscillant entre le songe et la réalité. Bien au-delà de ses plus vifs émois pour le nu, dans les tableaux, les paysages et les natures mortes associés s'opposent à une multitude d'éléments qui touchent la nature depuis la naissance du monde, comme les fruits d'un jardin d'Eden, les fleurs aux mille visages d'une mythologie archaïque, ainsi que les objets-vases de terre cuite gravés de légendes qui reçoivent dans leurs panses les offrandes d'un ciel bénit des dieux. C'est à l'égard de la sensualité que les fruits objets offerts nourrissent dans son œuvre une représentation érotisée. Ils font que le peintre s'exprime aussi avec largesse, sur la nécessité d'une existence friande d'exotisme et de volupté.

Le pouvoir de ressentir, chez Stefan Szczesny, est d'autant plus absorbé par sa volonté de captiver tous ses sens, conséquemment par la vue, l'odorat, le goût, le toucher et l'ouïe, mais plus encore attaché afin de nous confier un univers filtré et puisé aux sources de la mixité culturelle du moment. Ne mêle-t-il pas, dans ses paysages affranchis par la lumière, le reflet sans équivoque d'un idéal féminin multi-ethnique, nourri d'un parfum végétal et d'odeurs musquées de la Terre ?

Sa faculté sensorielle délivre en lui la projection nécessaire à la construction d'une œuvre qui s'illustre par un univers paradisiaque extrême. Une capacité qui conduit le peintre à s'extérioriser graphiquement par un dessin d'une stylistique instantanée et enivrante jusqu'à son terme. C'est par une mise en mouvement d'une nature brute en sensation que s'offrent, pour délectation, des espaces où la chaleur est à vivre pour lézarder.

Dans cette expérimentation picturale, la configuration des éléments qui constituent le tableau se traduit par une démultiplication de signes graphiques. Ils sont énumérés et soutenus par une gestuelle d'une calligraphie sauvage et puissante. Ce contexte favorise des traces et des empreintes d'une pureté naïve et parfois violente, à la limite d'un voyeurisme-jouissance suscitant l'approbation de collectionneurs émérites et aimant fleurer la peau des belles.

Chez Stefan Szczesny, les sujets traités s'expriment dans un monde d'air, d'eau et de feu où la lumière en pleine saturation nous indique les humeurs qui flottent sur les terres qui bordent une méditerranée conquise par La joie de vivre. Le trait qui résulte de cette conversation, entre la main agile du peintre qui guide la matière et le support qui la réceptionne, est autonome et se soumet à une représentation minimaliste, mais suffisamment efficace afin de nous séduire.

La couleur emplie d'énigmes nous oblige, dans cette vérité absolue, à la méditation, où corps et âmes nus sont liés et où le destin d'une œuvre est à l'orée du jour !

Frédéric Ballester
Directeur du Centre d'art La Malmaison
Ville de Cannes

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